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Christophe Bier.
jeudi 23 décembre 2010
Noël Strip-tease

mardi 21 décembre 2010
Photo Mystère 4
Qui sommes-nous? (10): Armel de Lorme


« Cinéphile émérite, journaliste brillant, dramaturge en pleine ascension, historien du cinéma hors pair, éditeur pour les besoins de la cause, c'est-à-dire mes livres, électron libre à temps complet, j'aime qui m'aime, et qui m'aime me suive. » Ainsi se définit sur sa page Facebook, Armel de Lorme, né dans le Gers au milieu des années 70, ce qui n’empêche pas le principal intéressé de revendiquer haut et fort n’avoir que 22 ans, depuis des années. Vous me direz qu’il exagère, que son portrait serait un chouia flatteur et complaisant ? A vrai dire, pas tant que cela. Mais puisqu’il sait mieux qu’aucun autre parler de lui, je vous livre le texte le concernant qu’il m’a rédigé pour ce blog, et je reviens vers vous ensuite :
« Définitivement brouillé avec les chiffres, au grand désespoir de mon banquier, je me rappelle très bien, en revanche, mes premiers émois cinématographico-érotiques : lors d’une projection scolaire de Blanche Neige et les 7 nains de Walt Disney, je tombe éperdument amoureux de la méchante Reine, ce qui suffit à me faire passer pour un grand malade qui s’ignore – ou pas – aux yeux de mes camarades filles (qui préfèrent le Prince) et garçons (qui préfèrent Blanche Neige). Des années plus tard, en écoutant la chanson de Brigitte Fontaine Blanche Neige, je comprendrai que c’est moi qui avais raison et que nul n’est prophète en son pays. Jamais.
Mon panthéon érotico-cinématographique est un peu à mon image : éclectique, foutraque et volontiers décalé, qui va de Tura Satana à Anne Libert en passant par Patricia Quinn (l’interprète de Magenta dans le Rocky Horror Picture Show), Barbara Steele, Jayne Mansfield et Joe Dallesandro (jeune). Mais, comme depuis Blanche Neige, les choses ne se sont pas beaucoup arrangées, je reste intimement persuadé que les véritables grands acteurs érotiques des deux sexes, au cinéma, sont davantage à chercher du côté des « objets érotisables » capables de créer une forme de fétichisme à l’état pur par leur seule présence que de celui des comédiens pornos stricto senso : Marlon Brando, Ursula Andress et Catherine Deneuve première(s) période(s), Anna Karina chez Godard, Delphine Seyrig dans Peau d’Âne et Les Lèvres rouges, Laurent Terzieff dans Vanina Vanini, Bruno Pradal dans Mourir d’aimer…, Harry Baer et Hanna Shygulla dans Das Kaffeehaus, Marilyn Monroe et Johnny Depp dans n’importe quel film, Anicée Alvina chez Bernard Queysanne, Louis Garrel et Romain Duris chez Christophe Honoré, Kate Moran et Julien Doré chez Yann Gonzalez sont à ses yeux de très grand(e)s comédien(ne)s érotiques – qui s’ignorent ? – par leur seule façon de générer du désir en habitant simplement l’écran ou de bouger face à la caméra.
On l’aura compris, l’érotisme à l’écran est davantage affaire de regard que de situation. Si Gérard Philipe est, le temps d’un film, le plus grand acteur érotique du monde, dans Le Rouge et le Noir, cela tient non seulement à son charisme rare, mais aussi à la façon dont Danielle Darrieux le regarde. Dans Adolescence pervertie (José Benazeraf, 1973), c’est de la même manière la façon dont la caméra sait restituer les regards franchement lubriques portés par Femi Bemussi sur Hervé Halff, jeune tendron objectivement très quelconque, qui font de lui une sorte de quintessence vivante de l’érotisme au cinéma (et aussi un peu un rutilant ensemble cuir porté à même la peau).
Affaire de regard, de fétichisme, mais aussi, dans le même temps, de cérébralité (Benazeraf), d’humour (Meyer, Davy, LaBruce), d’esthétisme (Rollin, quand il ne se repose pas sur sa seule réputation), de transgression(s) (Warhol/Morrissey, souvent) et, les jours particulièrement fastes, de vampirisme chic (ou pas), ressort érotique incontournable s’il en fut, de Dreyer à Yann Gonzalez. Piochés au hasard, Queen Kelly, La Belle de nuit, Escale, Marchand d’amour, Pattes-Blanches, Der Tiger von Eschnapur « und » Das indische Grabmal (versions 1958), Le Masque du démon, Le Mépris, Le Désarroi de l’élève Törless, Belle de Jour, Faster, Pussycat ! Kill ! Kill !, Barbarella, Candy, Les Damnés, Midi Minuit, La Vampire nue, Le Frisson des vampires, What a flash, Heat, Le Désir et la Volupté, Les Confidences érotiques d’un lit trop accueillant, Prenez la queue comme tout le monde, Q, La Kermesse érotique, L’Amour à la bouche, La Chatte sur doigt brûlant, Change pas demain (de main), Blue Ecstasy, Sebastiane, Querelle, Les Aventures sexuelles de Néron et Poppée, La Loi du désir, Edward II, Totally F***ed Up, The Doom Generation, Frisk, Hustler White, Les Astres noirs, la danse « muy caliente » d’Elke Sommer dans Douce Violence, la partouze finale de Spermula, des bouts de Goodbye Emmanuelle, des bribes de Lost Highway, et puis aussi un porno gay entrevu dans une autre vie, où un cul anonyme restituait un à un, du plus petit au plus grand, les mille et un objets – comestibles pour la plupart – qu’une âme charitable (?) y avait préalablement introduits : un litchi, une prune, une pomme, une deuxième pomme, une orange… le film, tourné en plan-séquence, s’arrêtait juste avant le pamplemousse, le melon d’eau, la pastèque et le potiron. Dommage…
Lorsque tous ces ingrédients sont réunis dans une seule et même œuvre, cela donne Théorème de Pasolini, que je tiens pour le plus grand film érotique au monde. Et ce n’est probablement pas par pur hasard si en parallèle à mes activités historiciennes et critiques, j’ai placé le dispositif pasolinien au cœur de ma deuxième pièce de théâtre, Théorème Trotsky (2008), écrite en parallèle à la première mise en espace de mon opus précédent, traitant des amours un chouia compliquées de Gilles de Rais et de Francesco Prelati (Des hosties & des hommes, 2007). Il y avait un projet de film expérimental, autour de ces Hosties, début 2008, depuis, je ne lâche pas l’affaire. » (Armel de Lorme)
Voici donc qui est Armel de Lorme, jeune homme débordé et insomniaque qui, lorsqu’il n’écrit par pour Christine Boisson ou ne retravaille pas à l’infini son premier roman, mène de front une carrière d’auteur dramatique débutant et d’animateur du site www.aide-memoire.org. En toute indépendance, avec L’@ide-Mémoire, Armel a initié en 2005 une machine infernale, née de son amour immodéré pour les acteurs. Il m’a fait l’honneur de participer au premier ouvrage du même nom, L’@ide-Mémoire, une « encyclopédie des Comédiens français & francophones de Cinéma, Théâtre & Télévision », corrigeant les erreurs tenaces, révélant les débuts insoupçonnés des vedettes et traquant les seconds-rôles non crédités. Ceux-là constituent son péché mignon. Les obscurs, les laissés pour compte des dictionnaires, les silhouettes parlantes, les utilités – quel horrible terme ! – ont désormais leur fervent défenseur. Car la grande originalité de l’ouvrage, sa richesse et son émotion, est la présence, pour un traitement d’égale valeur, des anonymes des années 30 à 60. De Delphine Abdala, matrone envahissante évoquant les goules des Mille et Une Nuits jusqu’à Jean-Pierre Zola, rondeur bourgeoise que Tati distribua dans Mon oncle, ils sont nombreux à être enfin exhumés. Marguerite de Morlaye, rescapée du muet, est peut-être sa préférée, LA douairière emperlousée, promenant pendant trente ans ses tiares et ses colliers du souper d’apparat d’Ils étaient 9 célibataires au cabaret russe de Martin Roumagnac, passant par le mariage mondain des Dames du bois de Boulogne jusqu’au bal des cheminots de La Bête humaine. Armel lui comptabilisait 137 films dans cet ouvrage. Mais je suis sûr qu’il lui a trouvé de nouveaux titres depuis… Il est aussi l’initiateur et auteur principal d’une vaste Encyclopédie des Longs Métrages français 1929-1979, visant à inventorier dans sa totalité la production des cinquante premières années du Parlant en France, incluant coproductions avec l’étranger, films pornographiques et œuvres inachevées, et dont les deux premiers volumes sont sortis en 2010, imprimés par ses soins pour couvrir la seule lettre A. Résumés précis et fiches techniques détaillées. En ces temps d’approximation, son absolu d’exhaustivité ne pouvait s’épanouir que dans l’auto-édition, sans compromis mais avec l’indéfectible soutien des lecteurs, indispensable à la longévité de ce projet, qui fera probablement près de 20 volumes. Protégé par la figure tutélaire de Raymond Chirat qui lui apporte son concours. Armel en a hérité le virus de la compilation et un goût immodéré pour les seconds rôles. Développant très tôt de surhumaines capacités visuelles, il aurait pu devenir le prince des physionomistes de casinos. Il a préféré traquer le moindre petit rôle, du troisième couteau façon Zardi au quasi figurant, aboutissant à de stupéfiants listings. 66 comédiens recensés dans Archimède le clochard, 71 dans Les Aventures de Rabbi Jabob, un record. On l’imagine, revoyant plan par plan la séquence du mariage dans le film d’Oury, et y découvrant Christine Boisson et Jérôme Deschamps, dans leurs premières apparitions. Il met surtout à jour toute une dynastie de frimants, exhumant des noms inconnus comme Maurice Magalon, souvent domestique, Roland Malet, habitué à l’uniforme de police, Gaston Meunier, fines moustache en smoking noir, abonnés aux réceptions mondaines. Tous ces anonymes prennent enfin la pleine lumière et trouvent un nom. Armel s’impose comme le héraut de ces éternels oubliés des génériques, élaborant un pointilleux et amoureux travail de recherche qui n’était souvent que l’apanage des anglo-saxons.
Ex-coauteur du collectif Sacha Guitry, cinéaste supervisé par Philippe Arnaud en 1993, ce stakhanoviste vient en outre de publier le premier tome d’une somme (Armel ne peut faire que des sommes, de toute façon) en deux volumes intégralement consacrés aux comédiens de Sacha Guitry à l’écran (Ceux de chez lui ou Le Cinéma de Sacha Guitry et ses interprètes). Toujours à commander sur son site de L’@ide-Mémoire où vous trouverez son dossier de presse et un bon de commande.
Mais Armel n’est pas un cinéphile adepte du listing. Son goût de l’érudition se double d’un travail critique qui se prêtait au Dictionnaire, pour lequel il a rédigé les notules de 51 titres. Aucun porno, mais de nombreux films des années trente qui témoignent de la vitalité érotique du cinéma français de cette période (Arlette et ses papas, La Belle de nuit, Escale, Club de femmes, Une nuit de folies, etc.). C’est aussi Armel qui m’a convaincu d’inclure un classique comme Pattes-Blanches de Jean Grémillon, l’un des rares titres des années 40, duquel se dégage, écrit-il, « du début à la fin, une sensation de désir, absolu et paroxystique, alors que peu de choses sont objectivement données à voir. » Il s’est aussi occupé de quelques classiques des années 50 comme L’Amant de Lady Chatterley avec Danielle Darrieux, Caroline Chérie, Le Fruit défendu, mais aussi des titres plus obscurs comme L’Étrange Amazone. Il met autant de plaisir à faire un Pécas (Belles blondes et bronzées qu’il défend) qu’un Breillat (Anatomie de l’enfer). Certains de ses textes feront grincer les dents comme son attaque argumentée des Amants de Malle. Et c’est tant mieux, car le Dictionnaire revendique pleinement cette subjectivité.
Photo Mystère 3
Pour la Photo Mystère 2 la réponse était donc Un martien à Paris, produit par José Benazeraf. C'est le Dr Orlof qui fut le plus rapide. Je vais donc entamer une comptabilité jusqu'à parution du Dictionnaire qui clôturera ce jeu.lundi 20 décembre 2010
Photo mystère 2 bis
Pour l'instant, la Photo Mystère vous résiste! Non, ce n'est ni En effeuillant la marguerite, ni Strip-tease, ni Les Fortiches. Je vous assure qu'il y a un énorme rapport avec l'érotisme, pour autant ce n'est pas Les Combinards de Jean-Claude Roy non plus. Mais je vous assure que c'est un nanar qui est sorti jadis en VHS et que certains d'entre vous ont certainement dans leur collection de nanars. Attention aux photos d'exploitation ou de plateau, elles immortalisent parfois des plans absents du film, ou des plans coupés ou saisis sous un autre angle. Ou pourquoi pas des scènes plus sexy tournées pour des versions alternatives. Je n'ai pas pris la peine de revisionner le film pour vérifier pour celle-ci.samedi 18 décembre 2010
Inondes mon ventre, projeté au Lux de Caen: belle surprise

Non, il n’y a pas de fautes dans la retranscription du titre. La projection cette nuit au Lux de Caen de ce film très méconnu de la filmographie de Brigitte Lahaie nous l’a confirmé. Le carton du générique mentionne bien : Inondes mon ventre. Nous y ajouterons donc un [sic] dans bnotre Dictionnaire car nous aimons respecter la ponctuation parfois curieuse et les fautes d’orthographe et de grammaire des titres mentionnés. Je ne vous cache pas l’immense plaisir que j’ai eu à découvrir ce film dans d’aussi bonnes conditions, dans une copie qu’on pourrait qualifier de très bonne. Oui, décidément, la pornographie, malgré l’évolution qu’elle connaît aujourd’hui sur internet, est AUSSI faite pour être vue en salles, sur de larges écrans. Je ne rappellerai pas les paroles de Godard sur le cinéma par rapport à la télévision, mais ces phrases merveilleuses d’un spectateur qui découvrit ainsi un film porno dans les années 20, projeté dans un bordel : « « Le cinéma obscène quelle splendeur ! C’est exaltant. Une découverte. La vie incroyable des sexes immenses et magnifiques sur l’écran, le sperme qui jaillit. Et la vie de la chair amoureuse, toutes les contorsions. C’est admirable. Et très bien fait, d’un érotisme fou. Comme je voudrais que tu le voies. Si tu viens à Marseille, tu iras avec Gaillard, qui incarne (mais vraiment) les convenances et qui y a déjà mené plusieurs “dames” très “bourgeoises”. Enfin, je te raconterai mes émotions. J’ai été très sage, pas vu personne. Et c’est suffisant. Le cinéma m’a fait bander d’une façon exaspérée pendant une heure. Tout juste si je n’ai pas joui rien qu’à ce spectacle. Si tu avais été là, je n’aurais pu me retenir. Et c’est un spectacle très pur, sans théâtre. Les gens ne remuent pas les lèvres, en tout cas pas pour parler ; c’est un “art muet”, un “art sauvage”, la passion contre la mort et la bêtise. On devrait passer cela dans toutes les salles de spectacle et dans les écoles. Ça finirait par des mariages possibles, les premiers, par des unions sacrées, multiformes. La poésie n’est pas née, hélas ! » Ces lignes sont de Paul Eluard, adressées dans une lettre à Gala, en mai 1929. Tout est dit. Un érotisme fou… Cette nuit-là, il fut amené par Brigitte Lahaie, bouleversante. Mais je vous livre plutôt l’intégralité de la fiche qu’Alain Minard a rédigée pour le Dictionnaire. Il y parle admirablement de cette émotion. Le véritable auteur du film est Gérard Beziat, artiste insoumis qui n'a jamais cherché à cacher son oeuvre pornographique, trop tôt disparu, et à la mémoire duquel sa soeur a consacré un site. Au passage, c’est aussi pour vous, lecteurs de ce blog mais pas forcément souscripteurs du Dictionnaire, de vous faire une idée précise de ce que peut contenir une fiche de film. Notez que la liste technique, restreinte, reflète l’équipe très réduite du tournage de ce porno, filmé en quelques jours certainement.
INONDES MON VENTRE [sic]
1977, Hardcore, X
Pr : Georges Combret et Serge Gracieux, pour Europrodis et Orpham Productions. Dis : Filmologies. Ré : Maxi Mickey [= Maxime Debest]. Sc : Gérard Beziat. Ph : Jacques Ledoux (Gevacolor). Mus : Olivier Lartigue. Son : Pierre Goumy. Mont : Roland Grillon. Script : Simone Leguillon. Dir pr : Maurice Juven. Rég : Henri Froger. Ext : Aveyron. Dur : 77 mn. Visa : 47591.
Avec : Brigitte Lahaie (Lise Richemont), Jack Gatteau (Bertrand Richemont), Alban Ceray (Sam le noceur), Catherine Noël (Madame Bastide), Claude Janna (Kim), Catherine Taillefer (Mathilde), Michèle Le Brumann (une habituée), Marion Schultz (Isabelle, une habituée), Jean-Louis Vattier (un spectateur), Désiré Bastareaud (l’aide de Madame Bastide), John Oury (le mari d’Isabelle).
Lise, jeune, très belle, très froide, se soumet, du bout des lèvres, au devoir conjugal : missionnaire un point c’est tout, vraie souche, et dans le noir. Pourtant les soirs où Bertrand lui annonce qu’il rentrera tard, elle fréquente en secret le club de Madame Bastide. Non pour y faire des rencontres, mais pour s’y montrer, en tenue de dominatrice, s’exhiber obscène face aux clientes et aux clients, sans que jamais personne ait le droit de la toucher. Sa danse terminée, elle se rhabille et repart hiératique à sa solitude. Bertrand, lui, s’accommode de moins en moins de sa froideur et se prend à accepter les invitations de son ami Sam. Sam sait s’amuser avec des filles peu farouches qui ne refusent rien. Malgré les conseils de Madame Bastide, Lise refuse de porter un masque. Et un soir…
Enième mouture de Belle de jour ? Sans doute mais Maxime Debest et son scénariste Gérard Beziat modifient subtilement le scénario de Buñuel et Carrière. Première trouvaille : jamais Lise ne se prostitue. Simplement, certains soirs, sous un portrait de Jeanne la folle, dans la pénombre du grand salon, les yeux fermés ou le regard vide, sans jamais voir ceux qui la regardent, elle exhibe son ventre tout-puissant, bouche qui n’avale rien mais fascine. Méduse aveugle. Pas de clients donc, et pourtant quelle farandole de mâles dans la chambre de Lise ne nous aurait offert un scénariste paresseux – le tour était joué, le film en boîte. Beziat lui s’intéresse et nous intéresse aux femmes qu’il nous offre dans une guirlande déroulée pour nous avec une infinie tendresse. Madame Bastide d’abord, la quarantaine passée – sans illusion sur les hommes mais pleine d’indulgence pour ses consœurs –, toujours dans son sillage sa rémora, son nain noir à qui elle demande doucement mais d’un ton sans réplique de la satisfaire de la bouche. Mathilde et Kim, les deux copines, participent d’un registre opposé, toujours prêtes à s’offrir de beaux mâles qu’elles consomment, rieuses, sans accorder à la chose plus d’importance qu’elle n’en mérite : Mathilde un peu sèche, Kim bouleversante de douceur (un des plus beaux rôles de Claude Janna). L’excursion en hors-bord et le picnic sont de ce point de vue un chef-d’œuvre : Le Déjeuner sur l’herbe hard. Leurs deux hommes ne sont pas prêts ? Sur la grande couverture, elles s’enlacent jusqu’à ce qu’ils se réveillent et jouent avec un œuf. Lise, la plus énigmatique, perdue dans son monde de refus, jamais révoltée, après s’être offerte aux regards des clients de la boîte, rentre au logis pour préparer le repas du soir, affairée, sérieuse, petite ménagère. Rarement hard aura été aussi féministe. am
Notes : Le titre au générique est bien orthographié Inondes [sic] mon ventre. Ce film inhabituel dans le genre doit beaucoup au scénariste habituel de Debest, Gérard Beziat (1944 – 1980). Sous le nom de Jehan Jonas, il conquiert le public des terrasses germanopratines dans les années 60 sans jamais connaître vraiment la gloire. Chanteur, compositeur-interprète (plus de 250 chansons, on peut en entendre une dans Tout à la fois), poète, dramaturge (contes radiophoniques, pièces de théâtre), auteur de sketches à l’humour absurde ou décalés, il touche à tout dans des textes dont on peut situer certains dans une tradition anarchiste, entre Boris Vian et Léo Ferré. Mais, et c’est là le détail inattendu qui nous concerne directement, il écrit dans les années 70 de très nombreux romans pornos hétéros et homos sous le nom d’Henri de Canterneuil. À côté de titres que le genre impose (Moiteurs précoces, Par le cul et par le con, Des femmes et des bêtes, Je sodomise ma mère, Mon bel adolescent, Humilié par des salopes…), notons Femmes d’un songe (1972) et J’aime qu’on me regarde ! (1977) qui nous ramènent à Lise. Cette partie de son œuvre, si elle provenait souvent de commande, n’en était pas moins revendiquée par lui comme moyen de libre expression. Enfin il collabore comme coscénariste ou dialoguiste sur les films de Roger Derouillat (cf. notes de Tout à la fois).
Sortie : 05/04/1978 (Ciné Halles, Amsterdam St-Lazare, Scala, Delambre Montparnasse, Mexico).
Autres titres : Surprise n° 2 (tour) / Night Fever (US).
DVD : Lass es kommen (Alpha Germany, All).
18/12, 19h : Retour de Caen


Me voici de retour, de nouveau d’attaque pour fignoler le Dictionnaire, monstre toujours aussi exigeant dans son travail de relecture et de mise en page. Mais n’ayez crainte, tout avance comme il se doit.
Les 50 ans du cinéma Lux, à Caen, se sont achevés en beauté, sous la neige et avec un plaisir évident. Cette « nuit de l’érotisme – Cinémas du plaisir » concoctée par l’association Mauvais Genres et l’équipe du cinéma Lux fut une réussite. Le cinéma n’étant pas dans le centre-ville, la neige nous a certainement privés de quelques spectateurs supplémentaires mais ceux qui sont venus ont pu apprécier un programme plutôt éclectique. En début de soirée, une table ronde autour du sexe et de la censure qui sera montée pour une émission de radio. François Sagat, prévu, était déjà parti sur un tournage aux Etats-Unis. Restait donc notre animateur Mauvais genres, Benjamin, ainsi que Richard Allan, chargé d’exemplaires de son autobiographie, de Coralie Trinh-Thi, qui avait apporté quelques Voie humide et son best-seller Osez la sodomie, l’une des meilleures ventes de la série éditée par La Musardine, m’a-t-elle avouée avec malice. Quant à moi, j’avais retrouvé chez mon éditeur l’Esprit Frappeur une vingtaine de Censure-moi, écrit en 2000 sur le classement X en France, et dans mes poches, plein de tracts de souscription pour le Dictionnaire. J’ai pu mesurer un état de fatigue passager lorsque j’évoquais le fameux article 227-24 du code pénal, ne me souvenant plus du nom du député Jolibois, à son origine. Diable ! Un point de vue divergent au passage, assez intéressant, sur le terme de « hardeur », opposa Richard et Coralie. Il lui préfère l’expression « cascadeur du sexe », considérant le terme comme péjoratif (« aux yeux des autres », précises-t-il), tandis que Coralie, qui débuta sa carrière d’actrice porno en 1994, revendique fièrement d’être une « hardeuse », un mot, un métier qui s’inscrivent, pour elle, dans un parcours « rock n’roll ». Ce fut ensuite la projection du documentaire-fiction Brigitte & moi de Nicolas Castro, puis Homme au bain de Christophe Honoré, suivi d’une envoutante performance théatrale autout du texte du Nécrophile de Gabrielle Wittkop, mise en scène par Gaël L.
A partir de minuit, projections dans les 3 salles : Cyberix de John B. Root avec Coralie, L.A. Zombie de Burce Labruce (un peu décevant, celui-ci, non ?), La Bête aveugle de Masumura, Flesh Gordon, Gorge profonde. La salle 1 fut consacrée à ma carte blanche « pornographie française ». Soulignons cette excellente initiative de proposer, en toute simplicité, des anciens films pornos en salles, en copie d’exploitation. Pour l’instant, il s’agit d’un privilège rare que j’espère voir se multiplier. Le Lux est parfaitement dans son rôle de cinéma Art et Essai, exhumant des pans entiers d’un patrimoine oublié du cinéma français. Il ne tiendrait qu’à moi, vous le savez, ces films seraient illico classés « art et essai », on distribuerait des subventions colossales pour aider les salles à en reprogrammer, et on étudierait des dossiers de financements pour aider à la restauration des bobines. Justement, à propos de celles qu’on a vues, pas de mauvaises surprises, elles ont tenu le choc des années. Exhibition fut une bonne entrée en matière, document sociologique sur les années 70 et témoignage de la première star du genre, Claudine Beccarie. Quel plaisir rare ensuite, de découvrir en 2010, en salles, des titres comme Cécilie pompette et Inondes mon ventre [sic pour le « s » au générique]. Le premier, avec Richard Allan justement, porno minimaliste en costumes avec une vieille guimbarde 1900 sillonnant une route à travers bois, était sous-titrée en espagnol : à coup sûr une copie destinée aux villes à proximité de l’Espagne, comme Perpignan qui fut envahie longtemps par des cars d’Espagnols traversant la frontière pour visionner des pornos, interdits sous le franquisme. La grande découverte fut Inondes mon ventre, de Maxime Debest, 1977, avec Brigitte Lahaie, sublime, et Désiré Bastereaud. Voyez le post suivant que je lui consacre, reproduisant in extenso la fiche rédigée par Alain Minard pour le Dictionnaire. C’est le type même de « petit » film démontrant à quel point le cinéma porno peut être riche en trouvailles, en œuvres attachantes. De quoi faire taire celles et ceux qui le recouvre d’une chape d’ignorance et de mépris.
L’inévitable retard accumulé dans ce genre de nuit – on peut même dire que ce retard est un signe de bonne santé, signe d’une vie entre les séances, d’un moment où le cinéma se transforme vraiment en un lieu d’échanges, au détriment des impératifs horaires – a décidé les programmateurs d’annuler le film qui remplaçait Sensations : à savoir le très énigmatique La Nuit des X… de Daniel Daert, celui-ci même qui avait réalisé Cécilie pompette. Bonne décision, car ce film langoureux, avec des prises en durées réelles, parfois sans musique, tombe dans une fascinante léthargie qui eut été, vers 4 heures du matin, une audacieuse expérience pour les spectateurs. Dommage peut-être, car il aurait aussi été un hommage discret à Jean Rollin, par la présence de l’un de ses jumelles favorites, Cathy Castel, en poupée mécanique, peu à peu animée par la jouissance sexuelle.
A 6 heures, tout s’est achevé dans les éclats de rires suscités par la clinique de thérapie sexuelle des Goulues, dans une copie virée magenta, aux coulures innombrables,aux performations fragiles mais qui, par un miracle propice à la pornographie, a tenu bon. L’improvisation totale des comédiens, les bizarreries qui émaillent ce porno (Michèle Jean, son incroyable infirmière-chef), le tout premier de Claude Pierson, et la verdeur du quasi septuagénaire Robert Leray ont tenu en éveil les spectateurs, désormais clairsemés, qui étaient restés jusqu’au bout, jusqu’au petit déjeuner.
Encore un grand merci à l’asso Mauvais Genres et à toute l’équipe du Lux, Benjamin, Romuald, Gautier, Didier, tous ceux dont je n’ai pas mémorisé les noms, pour leur accueil chaleureux, leur générosité. Merci infiniment. L’humble amateur de pornographie que je suis s’incline devant l’énergie que vous avez consacrée à cette nuit.
Photo Mystère 2 et réponse de la 1
C'est vrai que la réponse de la "Photo Mystère" n°1 était contenue dans le nom du fichier! Quel étourdi je fais! Il s'agissait bien des Orgies du Golden Saloon. Nous allons donc dire que cette "photo mystère" était un test. Toutes mes excuses à David qui fut le plus rapide, mais il va se rattraper j'en suis sûr avec de prochaines photos. Autre précision, pour que la réponse soit valable, il faut répondre directement sur le blog et non pas en m'envoyant un mail, ainsi tout le monde peut vérifier le plus rapide d'entre vous.
Sinon, essayons d'organiser un concours sur le long terme... Jusqu'à la parution du dictionnaire par exemple. Le gagnant de chaque photo sera toujours le plus rapide évidemment, mais aussi celui qui aura donc obtenu le plus de points, évidemment encore! Cela vous convient-il?
Il y aura comme promis un cadeau au vainqueur. Je ne sais pas encore quoi, livre, affiche, photos, une sorte de cornet surprise rempli de documents sexy et/ou pornos français? Laissez-moi réfléchir. Je crois que j'ai le temps, non?
Alors, commençons officiellement ce concours par une première photo que voici. Je précise que le film en question n'est pas dans le dictionnaire. Cependant il noue un lien certain, outre la pin-up figurant sur le document, avec l'érotisme. Pour que la réponse soit complète, il faudra aussi préciser ce lien évident. A vos marques...
vendredi 17 décembre 2010
Photo mystère
Nous sommes vendredi. Il est 12h40. On m'attend à Caen pour une table ronde sur la pornographie et une nuit mémorable de projection de films, pour fêter indignement les 50 ans du cinéma Lux. Excellente initiative (voir mon post précédent).Décès de Jean Rollin



Vous le savez certainement tous, Jean Rollin nous a quittés ce mercredi, d'un cancer foudroyant. Laissons aux agences de presse, dont les dépêches seront hélas reprises ad nauseam, les termes de "cinéma déjanté", "pape de la série Z" et autres fariboles, plus ou moins ironiques, voire méprisantes. Hormis souvent des budgets de misère, rien ne rapprochait Rollin, dans sa démarche concertée et poétique, des faiseurs habituels de séries Z. Il était plus proche du surréalisme, de l'anarchisme et du roman populaire que du cinéma d'exploitation, même si ses films passaient au Midi Minuit. Mais, on le sait depuis longtemps, connaissance et curiosité ne sont plus du domaine du journalisme...lundi 13 décembre 2010
Caen: la nuit du Lux le 17 décembre

Dites-moi, que faites-vous vendredi prochain, le 17 ? Non il ne s’agit ni d’une conférence à Beaubourg ni d’un nouveau cinéma bis à la Cinémathèque française… Rien à signaler à Paris. Tout se passera à Caen. Une soirée et une nuit « Cinémas du plaisir », proposée par le Lux, cinéma d’Art et Essai qui fêtera pour l’occasion ses 50 ans d’anniversaire. Le programme a été composé avec l’association Mauvais Genres. Ils ont eu l’excellente idée de m’y convier pour y discuter de pornographie mais aussi, surtout, pour présenter 4 films pornos français. Ce qui est une excellente façon de faire un peu plus parler du Dictionnaire des films français pornographiques et érotiques en 16 et 35 mm, auquel ce blog est consacré.
J’ai donc évidemment répondu présent à cette invitation alléchante. Vous trouverez tout le détail du programme sur le site du Lux et celui du Grand Cinérama de Mauvais Genres (association normande de défense du cinéma de genres, à ne pas confondre avec l’émission radio de François Angelier !). Sachez que tout commencera sagement (?) par une table ronde autour de la pornographie. J’y serai très bien entourée de Coralie Trinh-Thi et de Richard Allan, qui vient de sortir ses mémoires. Ensuite, une séance de dédicaces : j’apporterai donc une poignée d’exemplaires de mon livre sur la loi X, Censure-moi, écrit en 2000. J’ai compté les exemplaires que j’ai chez moi : exactement 9, à moins que d’ici vendredi j’en récupère encore un peu chez mon éditeur. Enfin, pour moi, comme vous le savez, l’actualité c’est plutôt le Dictionnaire à sortir. J’amènerai donc des bulletins de souscriptions en abondance ! La soirée continuera en douceur avec un documentaire soft, Brigitte et moi, constitué d’extraits de films avec Richard Allan et Brigitte Lahaie, puis la projection de L’Homme au bain de Christophe Honoré.
A partir de minuit, les choses se corsent ! Projections dans les 3 salles du Lux. Choix difficiles… Exhibition de Jean-François Davy passera en même temps que Gorge profonde et L.A. Zombie. Ceux qui viendront pour le porno français seront en Salle 1 : après Exhibition, un grand classique récemment réédité en DVD chez Opening, ils pourront voir 2 raretés absolues, 2 curiosités de 1977, année qui fut riche en productions pornos. A 02h, c’est Cécilie pompette de Daniel Daert, avec Françoise Avril, Martine Grimaud, Richard Allan et Charlie Schreiner, sorte de road-movie minimaliste en vieille guimbarde et à travers bois. Une jeune fille doit épouser un riche parti mais, en chemin, elle parfait son éducation sexuelle grâce au chauffeur et à un berger muet. A 04h30, changement d’époque et de style avec Inondes mon ventre [sic : la faute de conjugaison est au générique !] de Maxime Debest. Prestigieux générique puisque qu’on retrouve Brigitte Lahaie, jack Gatteau, Alban Ceray, Claude Janna et Désiré Bastareaud, le nain noir le plus réputé du hard, revu plus tard dans Le Miel et les abeilles. Brigitte y fréquente le club de Mme Bastide, où elle s’exhibe en dominatrice, sans que personne n’ait le droit de la toucher. Pendant ce temps, son mari, frustré par la froideur de son épouse, passe du bon temps avec un ami libertin, jusqu’au jour où… Le scénario, subtil, est de Gérard Beziat, chanteur, compositeur et interprète, poète touche à tout d’inspiration anarchiste, et auteur de nombreux romans pornos dans les années 70. Les plus éveillés termineront la nuit à 06h15 avec Les Goulues de Claude Pierson, histoire de finir par un grand éclat de rire avec cette comédie porno largement improvisée dans un clinique de thérapie sexuelle. On y retrouve l’étonnante Sylvia Bourdon, Jacques Couderc, Robert Leray, Eva Khris. A Lausanne récemment, le film a fait un tabac. Ce ne sera pas la même copie, peut-être plus hard tant l’exploitation porno nous réserve des surprises d’une copie à une autre. Ainsi, les programmateurs viennent de m’apprendre que le Sensations de Lasse Braun annoncé sous le titre de Furies sexuelles n’est pas le bon film… Il s’agirait de La Nuit des X du même Daert de Cécilie pompette. Encore un porno très étrange, s’il s’agit bien de celui-ci, avec, pour les fans de Jean Rollin, l’une des jumelles Castel, Cathy en l’occurrence, dans un troublant numéro de poupée vivante, silencieuse et mécanique. C’est un porno langoureux, presque frappé de torpeur et d’engourdissement des sens qui peut convenir à merveille pour le moment le plus fragile de la nuit.
Je ne vous ai pas tout dit, reportez-vous au site du Lux ou de Mauvais Genres. Cela se déroulera au Lux, 6 avenue Sainte-Thérèse. Je vous y espère nombreuses et nombreux pour célébrer les 50 ans de ce cinéma sous le signe des plaisirs.
dimanche 12 décembre 2010
Paris porno : l’art du stock-shot chez Eurociné



jeudi 9 décembre 2010
Qui sommes-nous? (9): Pierre-Arnaud Jonard


« Né en 1968. Journaliste de formation, travaillant autant pour la presse gay (Rebel, Exit) et érotique (Playboy, Penthouse, Union) que pour Technikart et L’Écran fantastique, il publie des entretiens avec Max Pécas, José Benazeraf, Udo Kier, Deborah Harry, Paul Morrissey et Ron Athey, mais les propos outranciers de Sylvia Bourdon resteront non publiés. En 2005, il participe au Dictionnaire de la pornographie des PUF, dans lequel son prénom est systématiquement écorché, puis écrit Parties (Hachette littérature), autobiographie romancée du monde de la nuit (soirées, gays, night-clubbing, amours éphémères, partouzes) dont la traduction connaît un succès scandaleux en Italie, sous le titre Il Paradiso del sesso. Seul « journaliste de cul » à avoir lui-même hardé, dans des séquences bi, pour le dernier film de Francis Leroi (regarde-moi) et pour son ami HPG (Bisex House), il apparaît aussi dans Irréversible, Wild Side et Nova. Actuellement collaborateur des élus communistes de la mairie du XVIIIe et chargé de mission égalité hommes/femmes. A terminé un second roman, Le Cœur rouge où il est question de communisme et d’homosexualité. »
Si l’on se reporte à la fiche auteur qui lui est consacrée sur le site des PUF, il semblerait que Le Cœur rouge soit devenu L’Enchantement, contant « l’histoire d’amour entre un homme et deux femmes et [qui] développe l’idéal utopique d’un communisme sexuel possible. » Pierre-Arnaud Jonard mentionne aussi sa participation au Dictionnaire. Après son diplôme de l’Ecole Supérieure de Journalisme en 1991, il mène une carrière tout azimut de pigiste. C’est dans ce contexte, souvent très précaire, que nous nous sommes rencontrés, engagés l’un et l’autre par un groupe qui avait racheté le titre de Penthouse en 2003. Il y eut donc une poignée de numéros, ainsi qu’un bimestriel assez racoleur, Play in the House, qui avaient comme intérêt principal de nous faire vivre. C’était d’ailleurs plutôt bien payé par rapport à d’honorables revues de cinéma qui ont depuis belle lurette perdu l’idée même de rémunérer des auteurs. Alors que j’écrivais sur la ressortie DVD du Caligula de Tinto Brass, sur le cinéma érotique turc ou la comédie bavaroise (chacun ses obsessions !), Pierre-Arnaud écrivait aussi bien sur le roman-porno japonais, avec une interview de Masaru Konuma, que sur « l’orgie ou le dérèglement des sens et la mode du freefighting. Il y avait aussi des textes de Dominique Rebellini, Gilles Esposito, Bernard Joubert et Christophe Lemaire. Belle équipe dirigée par James Becht. Le tout était copieusement mélangé à des photos hard avec Katsuni (encore Katsumi à l’époque), Lisa Crawford ou Rita Faltoyano. On a même commis un hors-série spécial « porno français » pour lequel nous nous étions répartis les entretiens, Pierre-Arnaud se chargeant de son copain HPG, mais aussi d’Ovidie, Colmax, Andrea Verde, John B. Root, Martin Cognito, Yannick Perrin, Delfynn Delage, Mélanie Coste et Titof. Je me souviens avoir fait un bel entretien avec Alain Payet. Bref, un numéro mythique, non ? C’est le HS n°1, année 2003, Nina Roberts et Ovidie en couverture. Pour Pierre-Arnaud, ce devait être une péripétie journalistique parmi tant d’autres, puisqu’il faisait le grand écart, passant d’un magazine féminin comme Flavor aux revues gays cités plus haut.
Son roman, Parties en 2005, fut un succès, dans lequel il se raconte à travers les nombreuses expériences érotiques qu’il a vécues, lesquelles devenaient aussi sujets d’articles. Ainsi, dans un Technikart de 1998, il écrit sur les partouzes et raconte comment il les a découvertes. Il est assez amusé d’être l’un des rares (sinon le seul ?) journaliste « de cul » à faire parfois le hardeur. Quand il débarque sur un plateau, on lui dit parfois : « lui au moins, il sait de quoi il cause ». Il est assez fier d’avoir tourné sur le dernier film de Francis Leroi, Regarde-moi, dans une séquence bisexuelle, osant ainsi ce que bien des hardeurs classiques ne se permettent pas. Il a rédigé plus d’une vingtaine de notules pour le Dictionnaire, parmi lesquelles plusieurs pornos gays de Cadinot, dont celui qu’il préfère, Le Voyage à Venise. Un porno de 1976 comme Le Bouche-trou, de Patrick Aubin, dans lequel résonne l’esprit libertaire des Seventies, trouve beaucoup de grâce à ses yeux, notamment parce qu’il se clôt sur un couple à trois inhabituel : Joëlle, l’héroïne, après ses péripéties amoureuses, revient à la maison et découvre son compagnon avec un autre homme. « La bisexualité, écrit alors Pierre-Arnaud, totalement tabou dans le porno de base actuel, est ici célébrée. Et en effet, quel mal y a-t-il à décrire l’amour entre deux garçons ? Loin d’être choquée, Joëlle se joint à ces deux hommes et le film s’achève par une célébration du triolisme quotidien comme idéal de vie. Un beau programme, à enseigner dans les écoles. »
vendredi 3 décembre 2010
Darkness Fanzine et la censure au cinéma


Il est toujours réjouissant, à l’heure d’internet et de la dématérialisation du papier, de lire un fanzine imprimé. C’est presque devenu un luxe. Et quand ce fanzine a la tenue de Darkness Fanzine, dirigé par Christophe Triollet, édité et diffusé par l’association Sin’Art, nous sommes comblés. En 1989, ce fanzine avait consacré tout un numéro, aujourd’hui épuisé, sur la censure. Triollet a eu l’excellente idée, vingt ans plus tard, de reprendre la thématique et de lui consacrer un dyptique. Le deuxième volet, prévu pour 2011, sur le sexe, l’érotisme et la pornographie au cinéma nous intéressera tout particulièrement, mais précipitez-vous déjà sur ce n°11 qui vient de sortir, premier volet du dossier, intitulé « Violence Censure Cinéma ».
Juriste intéressé par les problématiques liées au contrôle des images, auteur d’articles publiés dans Panoramiques, Vertigo ou encore la Revue de la gendarmerie nationale (!), Christophe Triollet a écrit une bonne partie des articles mais s’est aussi entouré de quelques spécialistes de la censure comme Bernard Joubert, journaliste et écrivain, auteur d’un extraordinaire Dictionnaire des livres et journaux interdits (au Cercle de la Librairie), Albert Montagne, docteur en histoire et maître en droit public, auteur de L’Histoire juridique des interdits cinématographiques en France (à L’Harmattan) et d’un blog sur la censure, et Lionel Trelis, juriste auteur d’un mémoire sur La Censure cinématographique en France. Notons aussi les signatures d’Olivier Mongin, essayiste et auteur de La Violence des images, Didier Lefèvre, rédacteur en chef du fanzine Médusa et Norbert Moutier, doyen du fanzinat français avec le toujours vivant Monster bis. Tous se sont réunis pour ce dossier passionnant. Triollet détaille l’arsenal d’interdiction actuel ; les dernières affaires (Martyrs, Saw III, Antichrist, Quand l’embryon part braconner) sont commentées.
Le classement X toujours en vigueur – et qui rappelons-le concerne non seulement les films « pornographiques » mais aussi « incitant à la violence » - est largement évoqué, notamment avec l’affaire Baise-moi . Le prochain Darkness Fanzine évoquera en détail le sexe et la censure, mais les péripéties du film d’Ovidie et Jack Tyler, Histoires de sexe(s) sont déjà évoquées dans ces pages. Surtout il y a l’entretien éclairant avec Sylvie Hubac, présidente de la Commission de classification (de mars 2004 à septembre 2010). Rien à faire, je (nous ?) ne pourrai jamais m’entendre avec ce qu’il faut très simplement appeler un censeur. Leurs arguments sont détestables, intellectuellement faibles, pour ne pas dire malhonnêtes. Toujours la même histoire depuis Madame Bovary de Flaubert ! Le cinéma et son fameux pouvoir par l’image restent dans leur collimateur, avec comme prétexte (Hubac s’en enorgueillit), la protection de l’enfance. Elle dit : « Je crois que le cinéma a un impact particulier qui nécessite toujours une classification. » Le choix des mots employés dénote toujours un certain mépris pour la pornographie : ainsi l’objet principal d’un porno est, selon elle, « limité » à la recherche de l’excitation du spectateur. Revenant sur Histoires de sexe(s), elle se dit peu convaincue par le propos artistique des cinéastes et conclut, péremptoire, que le film « n’est en réalité qu’un prétexte pour livrer une suite d’images pornographiques. En définitive, le film a dû sortir en vidéo, ce qui reste à mon sens la meilleure solution pour ce type d’objets. » Ce type « d’objets », que l’expression est élégante… Ovidie et Jack Tyler apprécieront. Entretien instructif donc sur la vivacité du contrôle actuel de la pornographie par la censure cinématographique, mais que j’aurais parfois souhaité plus polémique. D’autres questions auraient pu pousser Mme Hubac dans ses contradictions et encore mieux démasquer ses positions profondes de censure. Notamment, mais ce sera certainement pour le n° de 2011, j’aurais aimé comprendre pourquoi le film en question avait été proposé au classement X en séance plénière, alors que la Sous-commission ne demandait qu’une interdiction simple aux moins de 18 ans. Quels membres de la Commission, à une faible majorité, avaient demandé le classement X, mettant peut-être ainsi en lumière la sous-représentation des professionnels du cinéma dans cette commission au bénéfice des associations de défense des enfants, de la femme, de psychologues, etc. Sur la composition de la Commission et son déséquilibre avéré, Sylvie Hubac ne trouve rien à redire, a priori. Pas plus évidemment que sur les lourdes taxes propres au X.
Les quatre dernières pages recensent la liste des films interdits depuis mars 2004. On notera 4 films interdits aux moins de 18 ans, et un seul proposé au classement X, Histoires de sexe(s) donc, premier film classé X depuis 1996, ce qui vaut à une interdiction totale de fait dans les salles. On notera aussi deux courts métrages interdits aux moins de 16 ans, réalisés par l’un de nos rédacteurs, Hervé Joseph Lebrun : Albrecht Becker, arsch ficker faust ficker et Possession.
Darkness Fanzine n°11, décembre 2010. Format A4, 72 pp. Prix : 8 €.
A commander sur Sin'Art.
