

« Né à Paris, Dominique Forma débute sa carrière dans la musique, manageant différents groupes de rock. En 1992, il quitte la France pour la Californie, y travaillant en tant que music supervisor sur plusieurs films américains comme L’Extrême Limite (James B. Harris, 1993), Stargate (Roland Emmerich, 1994) et Meurtre à Alcatraz (Marc Rocco, 1995). Parallèlement à cette activité, il écrit plusieurs scripts dont une adaptation de Corto Maltese, avant de diriger un court métrage, Shakin’ All Over (1998). En 2001, il écrit et réalise son premier long métrage La Loi des armes (Scenes of the Crime), dans lequel il dirige Jeff Bridges, Noah Wyle et R. Lee Ermey. De retour en France depuis fin 2007, il a publié Skeud (coll. Fayard Noir), un polar sur le milieu des disques pirates dans le Paris des années 80 et Sans vérité (coll. Rat Noir). Début 2011 paraîtra chez Rivages Voyoucratie. Sur la pornographie, il a écrit des textes pour Sleazoid Express de Bill Landis et Michelle Clifford. »
Il existe encore des lieux magiques, des nœuds de résistance. La librairie Le Regard moderne est de ceux-là, rue Gît-le-Cœur, à Saint-Michel, en plein cœur de Paris. Endroit envoûtant, rempli jusqu’à la gueule de bouquins, de graphzines et de fanzines, de comics, de traités d’insolence, de mangas « déviants », de monstruosités médicales, de polars anarchistes ou de romans de flagellation anciennes. Belle énumération ! Derrière des piles de livres, derrière un comptoir dont on ne devine plus la forme ni la présence, surchargé de livres, vit l’étonnant libraire du Regard moderne, Jacques Noël, celui qui sait retrouver en quelques minutes n’importe quel ouvrage. Il sait qu’il l’a encore, ce livre de photos de Gilles Berquet, édité en 1992, le voici. Sa réputation dépasse Paris. Des pervers polymorphes se déplacent de province pour le visiter, même du Japon, de partout ! Unique en Europe, peut-être même au monde, cette librairie. Noël est plus qu’à l’écoute de ses clients. Il les comprend si bien qu’il sait leur proposer les livres qu’ils « finiront » par aimer. Il répond aux envies des clients, mais il les devance souvent. Le Regard moderne est un lieu de vie fantastique organisé par un homme humble et remarquable. En 2000, je venais de sortir Censure-moi, histoire du classement X en France, à L’Esprit frappeur. J’étais passé au Regard moderne, toujours à l’affut de nouveautés surprenantes. Quelqu’un fouillait déjà dans le coin des livres de cinéma. Il tombe sur Censure-moi : « Tiens, c’est quoi ? Un bouquin sur la loi X ? » Jacques Noël a marmonné quelque chose sur le livre, dire qu’il contenait plein d’avis de la censure. « Je le prends, Jacques » dit l’homme, caché par les livres. « Mais vous pouvez aussi vous le faire dédicacer puisque son auteur est là… » répondit Jacques. Et c’est comme ça que j’ai rencontré Dominique Forma. Au Regard moderne, un lieu de vie qui connaît bien la genèse du Dictionnaire, qui en attend sa sortie avec patience, puisqu’il sera l’une des rares librairies parisiennes à le proposer à la vente.
Dominique repartait peu de temps après aux Etats-Unis où il travaillait dans le cinéma depuis presque dix ans. Il n’était que de bref passage, le temps d’acheter mon livre. La force de Jacques Noël, connaître les livres et les hommes. Il savait que nous avions des choses à nous raconter. Cet homme si discret n’aurait pas mentionné ma présence à n’importe quel visiteur… J’ai tout de suite compris que Dominique était un passionné de pornographie. A 18 ans, dans les années punk, quand il descendait de banlieue à Paris, c’était soit pour mater un porno au Cinévog, soit pour aller à un concert, ou les deux à la fois. Il a quelques souvenirs piquants de ses salles classées X qu’il faudra qu’il nous raconte ici un jour. Il a ingurgité plein de pornos à cette époque et voue une aversion profonde pour Martine Grimaud, qu’il voyait trop souvent sur les écrans. Une overdose. Au fonctionnariat maîtrisé de cette hardeuse (c’est son avis tout personnel), il préférait l’appétit vorace de Sylvia Bourdon et ses outrances, la santé ravageuse d’Américaines comme Vanessa Del Rio ou Serena. Aux Etats-Unis, il correspond avec Bill Landis, écrit dans son excellent fanzine, Sleazoid Express et se mord les doigts aujourd’hui de n’avoir pas osé déranger Jamie Gillis qui sirotait tranquillement un verre dans un bar de Los Angeles. Ces années américaines, il les consacre aussi à acheter quantité de one-sheets (affiches américaines) de films de sexploitation. Pas de concurrence à l’époque, des prix plus que raisonnables. Sa préférence va aux roughies, qui succédèrent aux gentils nudies. Des bandes rugueuses, sales, violentes, ambiances kinky. Comme la série des Olga, les premiers Findlay, quelques Andy Milligan désormais invisibles. Surtout Dominique tourne enfin un long métrage. Un rêve concrétisé mais qu’il paiera cher. Scenes of the Crime ne connaîtra qu’une sortie vidéo ou sur les câbles TV, ne connaîtra aucune diffusion en salles en France seulement une exploitation DVD sous le titre La Loi des armes. Une injustice pour ce polar excellent, maîtrisé dans l’économie de la série B d’antan, tourné en 24 jours, 4 semaines : concentration sur quelques personnages défendus par des comédiens inspirés, lieu quasi unique (un bout de trottoir, l’étouffoir d’une fourgonnette), montée progressive de la tension, entre un jeune truand et un roi de la pègre pris en otage, entre l’intérieur et l’extérieur, la camionnette et la rue. On pense à la rigueur des westerns de Boetticher. Le film est projeté aux festivals de Munich et de Deauville. La bonne nouvelle, c’est qu’on pourra le revoir bientôt le mercredi 8 décembre., lors d'une rencontre-signature à la Librairie Joseph Gibert, 21 rue Lagroua-Weill-Hallé, 75013 Paris, à 18h30. La projection aura lieu à 20h (une page sur Facebook).
De retour en France, Dominique se consacre à l’écriture. Son premier roman, Skeud, chez Fayard Noir, est sorti en 2008 : une descente aux enfers, une vengeance, un ange déchu revenu des morts pour régler ses comptes. Mais l’anecdote policière se dissout dans la dope, l’alcool et le rock. C’est un regard documenté sur une période agitée de l’underground parisien. Amateur de récits sur le Paris insolite, Dominique restitue les concerts du Palace, les bastons dans les pubs, les labels indépendants pressant des inédits de Velvet Underground, les premières boutiques spécialisées comme l’Open Market, au cœur des Halles. Tous ces lambeaux de contre-culture ressuscitent avec Johnny Trouble, figure centrale d’un récit initiatique dans l’artisanat du disque pirate. A cette petite frappe du bootleg de premier choix, perfectionniste jusque dans la conception des pochettes, à ce braqueur rebelle et fétichiste, roi d’un marché parallèle et illégal, Dominique rend un vibrant hommage car il a contribué, avec d’autres, à construire la mémoire du rock. Récemment, à la rentrée 2010, il a sorti un second roman noir, catégorie adolescents, chez Rat noir : Sans vérité. Un style souvent sec, frôlant l’épure, des chapitres courts, des phrases percutantes. Tout va à l'essentiel comme un uppercut. La densité de la série B US, je vous ai dit.
Dominique est un mauvais garçon qui aime Jean-Pierre Melville, Jésus la Caille de Carco, Anita Pallenberg, Yves Adrien (qu’il connaît bien), les pin-up de Paris-Hollywood, Satanik, les sex-shop de Pigalle, les affiches de catcheurs mexicains, la pornographie et le rock. Si vous voulez en savoir encore plus, voyez sa page internet.
Pour le Dictionnaire, il est avant tout un cinéaste. Amateur de pornos, auteur mais d’abord cinéaste. Cela implique sur les films un regard très particulier, parfois professionnel, moins aveuglé par l’esbroufe que ne l’est souvent celui d’un simple amateur de films. C’est là un des grands privilèges obtenus par la création de l’équipe rédactionnelle du Dictionnaire. Elle est éclectique, d’univers variés quand tant de livres collectifs sur le cinéma pratiquent la consanguinité universitaire. Il est toujours instructif de découvrir sur un film ce que voit un cinéaste. Vous le constaterez avec les notules rédigées par Dominique. Lequel a aussi bien écrit sur Une femme spéciale avec Karin Schubert que La Grande Bouffe et Mademoiselle, Je suis une belle salope avec Brigitte Lahaie ou Luxure avec Karine Gambier, l’une de ses hardeuses françaises préférées. On peut le comprendre, non ?
Beau portrait d'un personnage hautement fréquentable, le punk, le porno, fanzinat, cinéma... !
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