



Plusieurs personnes me demandent ce qu’est le film Maléfices pornos dont nous offrirons le DVD aux souscripteurs seulement ?
Eh bien c’est l’un des films du dictionnaire, un porno réalisé en 1976 sur lequel j’avais déjà écrit dans Censure-moi, un petit livre publié en 2000 par L’Esprit Frappeur (comment, vous n’avez pas Censure-moi !) sur l’histoire du classement X en France. Voici ce qui y était écrit en pages 91-92 :
Evoquons aussi Maléfices pornos (Eric de Winter, 1976), film météorite, underground dans le sens où l’entendait peut-être Pacadis, un cauchemar qui conduit le spectateur dans un fascinant abîme de folie sexuelle, « œuvre sans égal dans le hard français. » Mais pour
1. Alain Minard, La Revue du Cinéma n° 384, juin 1983.
Le film avait connu une exploitation météorite en mars 1978 dans cinq salles parisiennes, puis une ressortie discrète en 1983 qui avait permis à Alain Minard de découvrir, médusé, une œuvre pornographique qui ne ressemblait définitivement à aucune autre. Son papier dans La revue du cinéma ci-dessus citée en fit une sorte de « film culte » auprès de quelques amateurs éclairés.
Dans les années 1990, au moment où le porno s’éteignait dans les salles parisiennes, Eric de Winter et son fils s’étaient rendus dans une salle qui le programmait de nouveau. Ô déception, le « Maléfices pornos » en question n’était pas la bande qui avait fait frémir la Commission de censure.
Reverrait-on jamais le seul, l’unique Maléfices pornos digne de ce nom, que Minard avait qualifié appartenir « à la race très rare des films obsédants parce qu’ils sont la magistrale transcription d’une folie » ?
C’est à cette époque que j’ai rencontré Eric de Winter, ex-régisseur de cinéma, homme multitâches des productions AMT sur lesquelles je reviendrai un jour. Il tenait désormais une agence de photos de cinéma et ne revendiquait vraiment la réalisation que de deux films : Lèvres humides et Maléfices pornos dont il m’expliqua alors qu’il avait été conçu, sous le titre évocateur de Cavern Bondage pour le circuit crapoteux des salles new-yorkaises de la 42ème rue. AMT, c’était Anne-Marie Tensi, productrice haute en couleur qui avait des contacts aux Etats-Unis. Elle lui avait réclamé un film sadique, comme la 42ème rue en raffolait. Souvenez-vous, les Olga’s Girls de Joseph Mawra, les films noirs de Lee Frost… Une bande porno trash pour le public « kinky » du Roxy ! Seulement, Anne-Marie changea d’avis et se mit en tête d’exploiter le film en France. Il fallait donc un visa et la Commission du CNC hurla ! Exigea des coupes, à plusieurs reprises. De Winter m’expliqua : « Si Anne-Marie m’avait demandé d’emblée un film pour le marché français, je n’aurais jamais écrit un film aussi spécial, avec des tortures, du gore, des morts. J’aurais fait un porno plus simple. Du coup, il a fallu couper pas mal, garder l’amorce de certaines scènes violentes. » Mais ainsi mutilé, le film – je vous l’assure – a gardé son parfum de souffre. Sa grande particularité tient aussi à son décor : une caverne, ancienne champignonnière de la banlieue nord-ouest de Paris, peu banal décor pour un porno mais familière à Eric de Winter, un passionné de spéléologie qui avait débuté au cinéma avec Marcel Ichac, documentariste-explorateur qui réalisa les premiers films de spéléologie.
Quand je discutai avec Eric de Winter, il me montra un album-souvenir, quelques photos du tournage, les seules traces de ce film incroyable. Nous sommes devenus amis. Je ne manquais pas une occasion d’évoquer ce film avec lui, me lamentant de le savoir perdu.
C’est l’année dernière qu’une providentielle copie 35 mm en très bon état a été exhumée, dans la réserve d’un vieux distributeur. Un coup de chance ! L’ami collectionneur à qui j’avais souvent parlé de ce Maléfices pornos achetait depuis quelques temps des vieux pornos en 35 mm. Son contact lui avait dit, d’un geste las : « Oh, j’ai aussi tous ses films dans cette remise, entassés… C’est en désordre. Si vous vous jeter un œil… » Mon ami prit une échelle, la plaça au hasard, n’ayant absolument pas le courage de tout trier. Tout en haut de l’échelle, sur le haut d’une étagère poussiéreuse, il trouva la copie de Maléfices pornos… C’est cette copie que vous découvrirez.
AMT Productions avait fait faillite depuis belle lurette, judiciairement liquidé. Le film était en déserrance. Pour l’exploiter, il restait à Eric de Winter, auteur du film, à se faire désigner auprès du tribunal comme mandataire ad hoc pour Maléfices pornos. Une formalité faite cet été et qui nous permet aujourd’hui de vous l’offrir avec le dictionnaire.
Plus de trente ans après sa première sortie, revoici donc… bientôt… en exclusivité pour Serious-Publishing et le Dictionnaire… « le ventre chaud tapissé de chaînes » de la caverne des Maléfices pornos !
D'autres photos prochainement... en attendant la bande-annonce.
la hâte m'habite!
RépondreSupprimerOn peut avoir une idée du casting de ce chef-d'œuvre?
RépondreSupprimerJe trouve votre article sur Maléfices pornos absolument passionnant.
RépondreSupprimerTraquer et retrouver un film perdu, qui plus est un film déja "maudit" du fait de ses conditions très particulières de tournage et d'exploitation, est l'essence même de la pulsion cinéphile....
Merci pour vos remarques. Vous ne serez vraiment pas déçus par ce film singulier.
RépondreSupprimerPour répondre en détail à Ghostin, je vais rédiger un nouvel article qui sera posté ce soir ou demain dans lequel je détaillerai le casting de Maléfices pornos. Pas de stars du genre, mais des acteurs vraiment inspirés.
A la réflexion, l'histoire des copies de ces films est un sujet d'étude à part entière : comment ont-elles été exploitées, où sont-elles stockées, comment ont-elles été charcutées au gré des remontages,....
RépondreSupprimerSinon je ne sais pas si c'est faisable mais quel bonheur ce serait qu'il soit possible, par voie de souscription de dvd ou de vod ou d'autre moyen, d'avoir accès à certains films introuvables tels ceux que vous recommandez dans "Censure moi" comme Le sourire vertical, La pipe au bois, etc...
Pour commercialiser les films, il faut acquérir les droits, et ceci n'est pas une mince affaire. Blue One commercialise son catalogue. Le Chat qui fume a ressorti plein de Jean-Marie Pallardy. Pour le reste il faut retrouver des vieilles VHS, les traquer sur le net (voir par exemple du côté de Xcollectors, très fourni).
RépondreSupprimerUne précision sur "Le Sourire vertical". Ayant pu en visionner une copie, nous avons décidé de l'écarter du dictionnaire. Ce n'est pas à vraiment parler un film érotique, mais oui, il vaut le coup d'oeil et mériterait une sortie DVD.
Comment avez-vous fait pour visionner certains films pour le dictionnaire? Certains articles sont-ils fait de mémoire ou vous avez à vous tous une vidéothèque suffisamment exhaustive?
RépondreSupprimerJe me pose la question par exemple sur la disponibilité d'une œuvre comme "Les acharnées du sexe" qui est dans le dictionnaire.
je recherche un film depuis longtemps de pierre reinhard qui s' appelle ORGASMES figure-il dans votre liste il date de 1978 j' ai demande a xcollectors de le chercher si oui comment l'avez vous obtenue
RépondreSupprimermerci
Francis Moury, l'un des rédacteurs du dictionnaire, me fait parvenir cette réponse pour Thierry:
RépondreSupprimer"Cher Thierry
C'est moi qui ai chroniqué ORGASMES (Fr. 1978) de P.B. Reinhard dans le cadre du DICTIONNAIRE. Ce film représente un cas typique dans le cadre de ce travail : j'avais une VHS intégrale en excellent état dans ma vidéothèque, avec séquence pré-générique et générique d'ouverture d'origine bien conservés, sans cartons vidéo postérieurs intempestifs ni retitrage agaçant. C'était la parfaite vidéo reproduisant le film tel qu'on le voyait en salle en 1978. Et puis un jour, la fin du film a été effacée à la suite d'une erreur technique ! C'était je crois une K7 dont l'ergot n'avait pas été retiré à la fabrication, ce qui permettait de recopier par-dessus, si on le désirait. Elle s'est retrouvée un jour calée dans un magnétoscope PAL-SECAM au deux tiers environ du métrage, et on a enclenché accidentellement la touche REC, effaçant le restant du film sans s'en rendre compte. Par-dessus, du noir, du néant, une fois l'erreur découverte. J'avais souvent visionné le film intégral et me souvenais bien de la partie finale désormais manquante. Et je disposais toujours des deux premiers tiers du film (environ) si bien que la chronique demeurait techniquement possible. Voici la petite histoire technique de la chronique de ORGASMES. Bref, si vous cherchez le film, contactez-moi... mais il en manquera la fin !
FM (francisalbertmoury@orange.fr)
cher francis
RépondreSupprimerje vous remercie pour vos explications au sujet du film, serait-il possible d' avoir une copie de celui-ci ,
thierry (moonjar@orange.fr)